Fanny enfile une jupe plissée verte, se repoudre le nez. Son cœur palpite trop fort dans sa poitrine. Penser à prendre de longues inspirations, lentement….Voilà, la bête sauvage est de nouveau domptée. Rester calme. Brider ce bonheur qui exulte par tous les pores de sa peau.

« Oui, je peux me libérer le week-end prochain. » I

ll lui avait accordé le temps dont elle avait besoin. Dans deux heures, elle sera dans ses bras et ils tourneront l’un contre l’autre, lèvres scellées, se moquant des voyageurs qui les bousculeront peut-être. Ne pas rater le train ! Où est le billet ? Sueurs.

Ouf là sur la table de nuit ! Posé là pour permettre aux yeux de Fanny de le regarder jusqu’à ce que le sommeil l’emporte. Son destin est dans ce billet. Et le destin va enfin lui sourire, Fanny n’en doute pas une seconde. D’ailleurs il fait beau, d’ailleurs dans cinq jours c’est l’été. Leur saison. Celle qui a couvé leur amour naissant. Quatre ans déjà ! Qu’ils étaient forts, l’un contre l’autre, brandissant les pavés sur les forces de l’ordre ! Mai 68. Leur amour a démarré dans les cris et la fureur. Que de chemin parcouru depuis ! Quarante-huit mois d’attente et d’espérance.

Fanny porte un argument de poids en elle. L’Argument qui enfin le convaincra de quitter « l’autre », celle qui empêche son amour de s’épanouir. Celle qui n’a jamais pu lui donner ce dont il rêve et que elle, Fanny va lui offrir, dans quelques heures…. Quatre mois qu’elle attend. Mars, avril, mai, juin…..Le bébé va bien, elle va bien, il l’aime, elle l’aime, trop de bonheur ! S’assoir, respirer…..

Fini les chambres d’hôtels miteux, les rendez-vous annulés à la dernière minute, les retrouvailles sur les aires d’autoroutes, les ébats dans la voiture. Basta ! Clé de contact. La 106 démarre. Boulevard Gambetta, mince une nausée, Avenue de Reims c’est passé, parking de la gare, compostage du billet, l’autorail s’ébranle, Fanny sourit,

Enfin sure de son avenir….

Le train vient de pénètrer dans le tunnel de Vierzy…Nous sommes le 16 juin 1972.

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